Mois de l’économie sociale | L’économie sociale et la jeunesse, une recette gagnante!

17 novembre 2020

« Les jeunes d’aujourd’hui sont… » :

  • Lâches
  • Apathiques
  • Obnubilés par leur propre nombril
  • Tellement tout le temps sur leur maudit cellulaire qu’ils n’apprécient pas ce qui se passe en face d’eux.

Bon nombre de ces stéréotypes portés par les différentes générations jeunesse, Y, Z, peuvent facilement être trouvés après quelques clics en ligne. Il n’en reste pas moins que notre société nord-américaine conçoit « la jeunesse » comme étant empreinte de « Je-m’en-foutisme » et de nombrilisme préfabriqués. Toutefois, lorsqu’on s’arrête un instant et qu’on pose vraiment la question, que trouve-t-on?

Est-ce que les jeunes sont aussi désintéressés que l’on peut croire lorsqu’on navigue en ligne? Ou, est-ce qu’au contraire, beaucoup d’entre eux, comme les générations précédentes, sont préoccupés par leur futur, par l’avenir de notre planète et que contrairement aux croyances populaires, les jeunes sont prêts à agir pour accélérer le changement?

« Près d’un demi-million de personnes rassemblées à l’occasion de la marche pour le climat » pouvait-on lire dans un article du Journal de Montréal, il y a un peu plus d’un an après la grande marche pour la défense de l’environnement. Ce mouvement mondial enflammé par la jeune Greta Thunberg avait rassemblé près de 500 000 personnes à l’époque, dont une bonne partie des manifestants étaient des jeunes et même de très jeunes. La marche avait même été qualifiée de « familiale » par certains journaux montréalais.

Cette marche est un exemple parmi tant d’autres qui démontrent que les jeunes ont à cœur les valeurs sociales, environnementales, communautaires, certains iraient jusqu’à dire, des valeurs d’économie sociale.

Dans son texte « Les valeurs de professionnelles des Québécois âgés entre 18 et 34 ans en parfaite harmonie avec l’économie sociale », le Chantier de l’économie sociale met en lumière les chiffres de la firme Léger qui exposent que les intérêts des jeunes Québécois, lorsqu’il a trait à leur environnement de travail, leur job, sont surtout orientés à travailler pour un organisme, une compagnie, qui opère un réellement changement dans leur communauté. « […] une forte majorité de Québécois, âgés entre 18 et 34 ans, jugent qu’il est important d’évoluer dans une organisation qui vise d’abord et avant tout à répondre aux besoins de ses membres ou de la communauté (82 %), qui a des principes de gouvernance démocratique où chaque personne peut voter (72 %), qui améliore la société pour la rendre meilleure (87 %), qui améliore l’environnement et l’écologie (81 %) et qui offre une grande autonomie dans le choix des tâches (86 %). »

Là je vous entends de derrière vos ordinateurs « C’est quoi le lien avec l’économie sociale? ».

Excellente question chers lecteurs! En fait, si vous demandez à n’importe qui travaillant en économie sociale, ils vous diront tous que c’est un terme qu’on utilise à toutes les sauces, pâtes et fromage. Bref, ce n’est pas clair et limpide pour tout le monde.

Dans le cas qui nous préoccupe particulièrement, et je mentionne cela, car je ne veux pas rentrer dans les détails de gouvernance et de financement, mais de l’économie sociale c’est aussi simple que les deux concepts primordiaux qui composent son nom : de l’économie qui est sociale. La partie économie se constitue lorsqu’une organisation (compagnie, coopérative, organisme) est autofinancée par la vente d’un produit ou d’un service et qui réinvestit lesdits gains dans sa mission première. Par exemple, cela pourrait être la création d’un café sur un site de villégiature dont les gains seront utilisés pour l’entretien du parc par sa brigade de nettoyage. La partie sociale, (et ça, on ne se le cachera pas, c’est vraiment la plus importante), c’est que l’humain, qui peut prendre la forme d’une communauté au complet, d’un petit groupe de personnes ou carrément d’une province entière, est au cœur des activités de l’institution. C’est-à-dire que tout ce qui est fait : activités, services, vente de produits, est pensé et appliqué autour de l’humain et pour l’humain. Bref, c’est une économie qui place le social au cœur de son modèle d’affaires.

Je sais, chers lecteurs, que vous vous posez la même question que moi : « Pourquoi les jeunes s’intéresseraient-ils à l’économie sociale? Me semble que n’y a pas d’argent à faire là-dedans! »

Il est vrai qu’il existe plusieurs horizons lorsqu’il est question de se lancer en affaires. La plus traditionnelle est de se lancer en entrepreneuriat que je qualifierais de classique ou d’incorporé. Toutefois, lorsqu’on retourne au texte soumis par le Chantier de l’économie sociale, on constate que « … (les jeunes sondés) qui affirment avoir une bonne connaissance de l’économie sociale, seront près de la moitié (46 %) à considérer qu’il est probable qu’ils se lancent en affaires dans ce domaine. » Je crois que ces chiffres démontrent par eux-mêmes que lorsqu’un jeune est sensibilisé à l’économie sociale, celui-ci considère ce modèle comme une option à parts égales du modèle entrepreneurial. L’économie sociale est un moyen d’action réel pour effectuer du changement et donc, tant qu’à se lancer en affaires, aussi bien le faire avec et pour sa communauté.

Je crois personnellement que pour le « pourquoi » de la question ne se trouve pas bien loin non plus. Chaque génération, qu’elle soit X, Y ou Z a connu un événement ou même bien souvent, plusieurs, ayant une portée négative, directe, sur l’environnement dans lequel ces jeunes vivent. Leur mode de vie propre étant affecté par des politiques à moitié réfléchies ou la qualité de vie de quelqu’un qu’ils aiment, porte nécessairement ce besoin viscéral de changement et d’action. Il vous suffit de regarder l’implication de votre jeune au cégep qui est inscrit au club vert et à l’impro et sur le comité de débat pour comprendre que la soif de changement est à nos portes et qu’elle est portée par ces mêmes jeunes adultes qui se font critiquer pour leur manque d’intérêt.

Je nous invite tous à prendre conscience de nos paroles et à encourager ces jeunes, car, tant que des catastrophes continueront de se produire, tant que les politiques néfastes ne changeront pas et tant que notre société aura besoin d’aide, l’économie sociale existera et les jeunes continueront de changer le monde par celle-ci.

Ève-Laurence Miron

Agente SISMIC VHSL